La ville? c'est le peuple rassemblé autour des usines. C'est l'entassement des maisons collées
un jeu de cartes. C'est la terre qui est cachée sous l'aphalte et qui montre le bout de son nez
à la hâte dans les parcs et les avenues. Ou les arbres ont les bras en écharpe, des estomacs
de ciment, des poumons artificiels, c'est là. La ville ... des gens qui vont à droite, d'autre à
gauche. Ceux qui vont à droite ne connaissent pas ceux qui vont à gauche. Pourtant, ce n'est
pas à cause de l'obscurité que les gens ne se connaissent pas, parce que des soleils de toutes les couleurs pleuvent dans les rues, c'est à cause de ... je ne sais pas. La ville, c'est la bouche
fermée, l'oeil aux aguets; c'est << je te donne ceci pour cela, fais vite et sans rire>>. La ville,
c'est l'attente, la cloche, la sonnerie, le sifflet qui te dit <<lève-toi, viens là, puis fais ceci, va
dîner; c'est tout, bonsoir>>. Et sa recommence interminablement. La ville c'est un immense cri
que personne n'entend, c'est un lourd silence roulant des bruits insupportables. La ville, c'est le royaume des qrimaces et des masques. La ville, c'est des milliers de mains tendues qui
prient. Des milliers de muscles qui travaillent. Des bribes d'Angelus perdues dans le rire des cabarets. Des millions de mâchoires qui souffrent. C'est un bruit de ferraille, la vapeur pourries
qui sort des caves et sent mauvais. Des yeux avec du sang et des hommes cachés qui ont du génie s'enferment, digérent les malheurs et font des chefs-d'oeuvre... c'est la vallée des
larmes.